01/07/2009 06:37 Commentez cet article

Statue de Victor Schoelcher devant l'ancien palais de justice de Fort de France en Martinique.
Son nom est indissolublement associé à l’abolition de l’esclavage, sa vie est riche d’événements puisqu’il a traversé les différents régimes politique de cette France du XIXème siècle qui basculait d’une révolution à une autre,  d’un pouvoir monarchique voire impérial à un pouvoir tenu par des Républicains ou vise et versa. Victor Schoelcher (1804-1893) n’est pas seulement l’homme qui a signé l’abolition de l’esclavage le 27 avril 1848, il a également défendu à la fin de sa vie les grandes causes de la IIIème République naissante.


Né le 22 juillet 1804 en Alsace à Fessenheim (la ville lui a consacré un musée), son père qui exerçait une activité florissante dans la porcelaine, le prédestinait à faire fructifier son négoce. Envoyé dans un lycée parisien réputé, le lycée Condorcet, il en sort bachelier es-lettres et, avant de devenir l’homme politique que l’on connait, Victor Schoelcher était un homme de lettres qui fréquentait les salons parisiens (rencontre de Berlioz, Liszt) tout en exerçant sa plume en tant que journaliste et écrivain. Son voyage en 1830  en Amérique et aux Antilles fit basculer sa vie. Envoyé par son père en qualité de négociant en porcelaine, Victor Schoelcher se découvre une vocation de philanthrope, après avoir parcouru le Mexique, les Etats-Unis, Cuba, la Martinique. Il y découvre le système d’exploitation des terres par l’esclavage et n’aura de cesse de lutter toute sa vie pour des causes humanistes.

Pour résumer son parcours politique, Victor Schoelcher commença par entrer dans le gouvernement provisoire de Guizot en 1848. Nommé sous secrétaire d’Etat sous la direction d’Arago, ministre de la marine et des colonies, il put signer l’abolition de l’esclavage après un combat mené depuis plus de dix ans, comme le montrent les titres de ses ouvrages qui dénoncent tous cette pratique (citons Des colonies françaises, abolition immédiate de l’esclavage, 1842). Député de 1848 à 1851 en Martinique puis en Guadeloupe à l’exception de l’année 1949 (troubles en Guadeloupe et rivalités avec Bissette), il est contraint à l’exil par le Second Empire de 1852 à 1870. Le 3 décembre 1851, présent sur les barricades (il reçoit deux coups de baïonnettes) pour protester contre le coup d’Etat de Napoléon III qui a eu lieu la veille, il figurera naturellement su la liste de proscrits du 9 janvier 1852. Manquant de se faire arrêter en Belgique où il fuit d’abord, il s’exilera dix-huit ans en Angleterre. L’avènement de la IIIème République marque son retour aux devants de la scène. Elu député de la Martinique en1870, il deviendra sénateur inamovible de l’Assemblée Nationale le 16 décembre 1875 jusqu’en 1791, date à laquelle il se retire à Houilles, commune des Yvelines dans laquelle il mourra deux ans plus tard.

Son combat politique qu’il mènera jusqu’au bout s’apparente aux causes humanistes. Si l’on retient son nom comme défenseur de l’abolition de l’esclavage, c’est que Victor Schoelcher ne s’est pas contenté de se battre pour la libération seule des esclaves mais pour leurs droits civiques en défendant une véritable politique d’assimilation dans les colonies. Ce combat ardent pour la citoyenneté lui a valu d’être honoré de son vivant : Case-Navire a été débaptisée pour de venir la ville actuelle de Schoelcher, de nombreuses rues portent également son nom et plus encore, la Martinique continue de célébrer son jour anniversaire. Schoelcher s’est illustré dans d’autres combats : pour l’abolition de la peine de mort (il dépose une proposition de loi en ce sens en 1851), pour l’interdiction de la bastonnade dans les bagnes (proposition de loi en 1877) qu’il obtient par la loi de 1880 interdisant les châtiments corporels, pour les droits civils des femmes (proposition de loi en 1890), pour le sort des enfants maltraités et/ou abandonnés (1881) et pour l’éducation. Ainsi il participe à la grande loi de 1882 qui institue l’enseignement primaire obligatoire. A ce propos, il n’hésite pas à clamer son anticléricalisme devant des parlementaires qui voulaient exclure les instituteurs qui sont athées (et osent le dire publiquement).

Cet homme fut également un amateur d’art éclairé. Bibliophile, collectionneur de livres, gravures et objets d’art, il légua, en homme convaincu du bienfait de l’éducation, tous ses biens à différentes institutions : la Bibliothèque Nationale, les Beaux-Arts etc. Il fit don de 10 000 ouvrages à la ville de Fort-de-France qui se vit obligée de construire une bibliothèque qui existe toujours malgré l’incendie de 1890 qui ravagea une grande partie des collections. Grand amateur de musique, il publia deux ouvrages dont un sur la vie de Haendel pour qui il vouait un culte, puisqu’il avait réuni pas moins de 3000 manuscrits et objets touchant à la vie du célèbre compositeur. Si Victor Schoelcher a traversé tout un siècle riche en bouleversement, il n’aura pas été en reste.

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