Le Chevalier Saint-George (1745-1799) a été le Français de peau noire qui a connu un destin des plus fabuleux. Né mulâtre de Nanon, esclave africaine, et de l’aristocrate Georges de Bologne de Saint-George, qui voulut lui inculquer la meilleure éducation que l’on puisse recevoir dans cette moitié du XVIIIème siècle, le Chevalier Saint-George s’est trouvé tour à tour violoniste prodige, compositeur d’opéras, directeur des plus grands orchestres du royaume puis de la République naissante, mais aussi bretteur (une des meilleures épées), commandant en chef d’armées, et grand séducteur.


Son extrême beauté, ses talents lui ont fait lier d’amitié avec la branche cadette des Bourbons en la personne du Duc d’Orléans, devenu sous la Révolution Philippe-Egalité avant d’être guillotiné comme les autres en 1793, le prince de Galles, et Marie-Antoinette qui s’entendait en goût et raffinement. La femme du Duc d’Orléans le nomme à la tête de son théâtre. Le Duc d’Orléans partage ses idées, ils prônent tous deux le régime politique anglais et le Chevalier Saint-George aimait à séjourner à Londres.  Le prince de Galles a organisé pour lui un duel avec une autre épée de renom en la personne du Chevalier d’Eon : ce dernier, qui était vêtue à la demande du prince en femme, inspira un opéra de Saint-Georges : « La Fille Garçon ».

Son père défie les lois du Code Noir selon lesquelles son épouse et son fils auraient dû être asservis et le jeune Joseph, après avoir passé son enfance en Guadeloupe, se trouve à dix ans à Paris où il bénéficie de l’enseignement des plus brillants précepteurs, enseignement qui se poursuit à l’Académie royale qu’il intègre à l’âge de treize ans. L’enseignement prodigué est consacré au maniement des armes, à l’équitation, à la danse mais aussi aux sciences, aux lettres et à la musique pour laquelle le jeune homme se découvrira une passion. Joseph de Saint-George excelle en tout et récompensera ainsi l’enseignement de ses illustres maîtres tels que Jean-Marie Leclair, premier archet du royaume, Nicolas Texier de la Boëssière, maître d’armes à l’Académie royale, et le Chevalier Dugast, maître du Manège des Tuileries. Bientôt, la cour n’aura de cesse de le réclamer pour le voir défier les bretteurs venus de toute l’Europe attisés par la curiosité que suscite ce prodige du fleuret. C’est tout naturellement qu’il sera nommé Gendarme à la Garde du Roi en 1761. Plus tard, sous la Révolution, Saint-George déjouera la trahison de Dumouriez, l’Ancien vainqueur de Valmy qui fomentera une armée royaliste contre les abus de la Révolution. Le Chevalier avait été chargé, alors qu’il fréquentait le Club des Jacobins en compagnie de Danton et de Philippe-Egalité, de créer une armée de mille hommes de couleur qui sera dénommée « Légion de Saint-George ». Le Chevalier de Saint-George, loin d’être remercié, sera emprisonné pendant un an en 1793-1794 avant d’être définitivement révoqué de l’armée par la Convention en 1795. Voici pour ces faits d’arme, revenons à ces talents de musicien.

Gossec qui enseignait au Chevalier de Saint-George l’art de la composition le consacre meilleur archet de France à la mort de Jean-Marie Leclair. Le Chevalier dirigera tour à tour plusieurs orchestres et se produira à la Cour et devant les grandes salles de concert parisiennes. Il reprend, pendant sept ans, les rênes du Concert des Amateurs initialement créé par Gossec. Le Concert des Amateurs ne tarda pas à recevoir la consécration par l’Almanach musical qui le classa en 1875 au rang de la meilleure formation orchestrale pour symphonies de Paris, voire d’Europe. Le Concert des Amateurs interprétait les œuvres de Gossec, Lolli, Viotti et les compositions du Chevalier de Saint-George dont les concertos pour violon et quatuors à corde attiraient les foules qui se massaient à l’hôtel de Soubise. La Comédie Italienne, l’ancêtre du futur Opéra Comique, affichait complet pour ses opéras. Le Chevalier de Saint-George s’auréola de succès et Mozart qui fréquentait les salons européens à la même époque était peut-être moins connu à Paris que le charismatique Saint-George. Son succès est tel qu’il deviendra le professeur de musique de Marie-Antoinette, que Louis XVI voulut le nommer directeur de l’Opéra royal dans le sillage d’un Lully : éclate un scandale nourri de préjugés racistes et d’une virulente jalousie pour cet homme surdoué à la peau noire. Des divas ainsi que  la danseuse immortalisée par Fragonard refusent de jouer sous la direction d’un homme noir. Qu’à cela ne tienne, le Chevalier de Saint-George, fort de ses soutiens qui furent renforcés pendant cette pénible affaire, devint directeur du théâtre privé de la Marquise de Montesson, épouse du Duc d’Orléans, petit théâtre situé au Palais-Royal.  Parallèlement, il forme un nouvel orchestre,  qui sera financé par la seule billetterie, alors que le Concert des Amateurs subventionné par le mécénat fait faillite. Cette formation de soixante pupitres et onze voix est inspirée par la franc-maçonnerie : l’Olympique de la Parfaite Estime est son nom, pas de hiérarchie dans l’orchestre qui doit être composé uniquement de francs-maçons ou affiliés. Le Chevalier de Saint-George qui occupait la Loge des Neuf Sœurs au Grand Orient de France (Loge qui accueillit Voltaire) connut Choderlos de Laclos qui se fit pour l’occasion librettiste de l’Opéra « Ernestine ». 

Funèbre est la fin du Chevalier, mort d’une épouvantable maladie, funeste est le sort des partitions et livrets du compositeur. Le 20 avril 1802, trois ans après sa mort, Napoléon rétablit l’esclavage aux Antilles et, est-ce un acte symbolique, décréta la destruction intégrale de l’œuvre du Chevalier de Saint-George jugée trop jolie pour qu’elle soit écrite par un noir. Heureusement, le XIXème siècle romantique le réhabilita et son œuvre réussit à traverser les siècles jusqu’à aujourd’hui. En 2004, Bartabas en tant que directeur de l’Académie équestre de Versailles se devait de rendre hommage au Chevalier de Saint-George. Un an plus tard, c’est au tour de l’Opéra-Théâtre d’Avignon sous la houlette d’Alain Guidé, auteur de la biographie dudit Chevalier intitulé « Le Nègre des Lumières ». Le livret écrit par Alain Guidé a été le fruit d’un long travail de reconstitution des airs lyriques de Saint-George qu’il fallait harmoniser en même temps que des paroles dont il fallait restituer l’esprit en gardant les incipit. En-dehors de créations liées à sa vie et à son œuvre, toute une discographie met à l’honneur la musique du Chevalier de Saint-George. Son style musical très raffiné et emprunt de gaieté s’est inspiré du pasticcio, genre musical prisé aux XVII-XVIIIème siècles qui consistait à faire une création à partir d’une œuvre originale ou de plusieurs œuvres mélangées en même temps. Saint-George reprit ainsi un air populaire de l’époque « la Jolie Ninon » qui fut intégré dans une des six Symphonies parisiennes de Haydn qu’on lui avait commandées. Marie-Antoinette s’enticha tellement de cette symphonie qu’elle fut baptisée « La Reine ».

COMMENTAIRES



Ecrit par jean-marc cardon le conteur Brûle-Maison le 25/03/2010 à 16:21
Le Chevalier Saint Georges fut particulierement présent à LILLE comme soldat et comme musicien. Je ne manque pas de l'évoquer quand, dans mes prestations de conteur, je raconte l'histoire du siège de ma ville. C'est modeste, mais, pour moi il fait parti de l'histoire de cette ville.Voici mes 2 blogs : http://brule-maison.blogspot.com & http://brule-maison.nordblogs.com Salutations de la métropole ! jean-marc Cardon le conteur Brûle-Maison

Ecrit par serge le 20/06/2010 à 13:48
Liens vers un ouvrage jeunesse consacré à la biographie du chevalier de Saint George (Plus une pièce jointe) http://www.editionsdagan.com/daganjeunesse/saint-georges.html http://www.daganjeunesse.com/nouveauxheros.html

ECRIRE UN COMMENTAIRE ? Cliquez-ici !