Interview de Michel Charasse en février 2000 sur les paradis fiscaux et les départements français d'Amérique (Guadeloupe, Martinique, Guyane).
C’est en feuilletant un vieux magazine dédié au tourisme et à la finance offshore dans les Caraïbes (Caraïbes Magazine Février 2000) que je suis tombé sur cette savoureuse interview de Michel Charasse. Connu pour son franc parler et ses prises de position iconoclastes,  l’ancien Ministre socialiste du Budget  sous le gouvernement Rocard y dénonce avec force les mesures de rétorsion prises contre les paradis fiscaux, le peu de résultat obtenus par les très couteuses lois de défiscalisation outremer (loi Pons …), et s’interroge sur l’intégration possible  des DFA (Départements français d’Amérique) dans l’espace Caraïbe. Cà dépote !


Des voix s’élèvent actuellement, notamment au sein des parlementaires socialistes, pour demander la suppression des aides publiques versées aux Etats qualifiés de « paradis fiscaux ». Qu’en pensez-vous ?

Il faut être clair : aide-t-on les pays ou les peuples ? Le versement de l’aide internationale ne peut en aucun cas servir à la satisfaction d’une quelconque morale occidentale plus ou moins chrétienne. On ne peut pas prendre les pauvres en otage. Le fait qu’un Etat soit qualifié de paradis fiscal est donc sans importance. D’ailleurs, est-il plus grave d’être un paradis fiscal perdu au fond des Caraïbes ou de distribuer des stocks options par paquets de millions ?

L’Union Européenne semble vouloir conditionner le versement de l’aide au développement à la disparition de ces paradis. Ce n’est là que l’illustration d’une morale curetonne et jésuitique tout à fait insupportable et qui s’exerce surtout à l’encontre des pays pauvres. Quand les Etats-Unis nous envahissent avec les OGM ou quand les britanniques nous empoisonnent avec leur vache folle, l’Union Européenne ne trouve rien à y redire !

Les départements français d’Amérique (Guadeloupe, Martinique, Guyane) réclament une plus grande autonomie afin de coopérer avec les Etats de la zone Caraïbe. Qu’en pensez-vous ?

Je ne vois pas comment un pauvre pourrait aider un autre pauvre. Les DFA sollicitent constamment la République. La coopération locale est nécessaire mais l’on ne doit pas ignorer les réticences que les responsables des DFA eux-mêmes mettent à cette coopération. J’ai le souvenir d’un engagement que le gouvernement français avait pris d’aider les pêcheurs de Sainte-Lucie à hauteur de sept millions de francs. Ces crédits sont gérés par le préfet de Guadeloupe. Eh bien les pêcheurs guadeloupéens, pour se protéger de la concurrence des voisins, se sont opposés au versement de cette aide ! La Guadeloupe et la Martinique vivent largement de la solidarité nationale mais il y a beaucoup de gaspillages, d’abus, de laisser-aller. Je vous assure que si nous recevions en Auvergne le quart de la moitié de ce qui leur est versé, nous serions multimilliardaires.

Quel bilan feriez-vous de la loi Pons et pensez-vous réellement qu’elle ait contribué au développement économique des DFA ?

J’en doute. Je suis en principe contre les exemptions fiscales, qu’elles concernent les DOM ou la Corse. L’impôt sert à taxer des revenus et des bénéfices et je ne vois pas au nom de quoi certains qui gagnent de l’argent en seraient dispensés. Au surplus, les conditions de réinvestissement local que la loi Pons prévoyait sont demeurées plus théoriques que réelles et leur mise en œuvre n’a pas toujours été surveillée. Les lois d’exceptions sont toujours de mauvaises lois. Si le développement économique des DFA a aussi peu bénéficié de la loi Pons c’est que manifestement il y a eu des « pertes en ligne ». Cette loi était donc inefficace. Au surplus, les riches ne sont pas fous et s’ils ont pu gagner de l’argent, soyez certains qu’ils l’ont emporté ailleurs.

COMMENTAIRES



Ecrit par Ernest le 07/09/2009 à 07:06
Je pense aussi que les lois de défiscalisation dans les dom sont inefficaces car mal conçues. Pire, elles poussent à la bétonisation des îles.

Ecrit par Johnny Bigoudi le 07/09/2009 à 10:35
J'aime bien la Une du canard enchaîné cette semaine : "Nous avons la liste des deux suisses qui ont un compte en France !"

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